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Voici, ci-dessous, le texte de la tribune libre des fondateurs de Wizzgo publiée dans le Monde de ce week-end (édition datée dimanche 15-lundi 16 mars) :

" Internet : acceptons l'innovation !

De juin à novembre 2008, en six mois, 400.000 foyers ont été conquis par l’utilisation du magnétoscope dématérialisé sur Internet proposé par la start-up française Wizzgo. L’idée était simple : transposer le magnétoscope traditionnel de salon dans l’univers numérique d’aujourd’hui. Le dispositif permettait d’enregistrer gratuitement l’ensemble des 17 chaînes de la TNT en transmettant l’ordre d’enregistrement via Internet à des serveurs distants. L’utilisateur récupérait sur son ordinateur sa copie, qu’il pouvait ensuite visualiser sur ses différents écrans. La copie était une reproduction fidèle de l’antenne, espaces publicitaires compris. L’adoption rapide et massive de ce service a été stoppée par une question de droit. Reproduisant en tous points le processus du magnétoscope traditionnel, avec obligation de donner l’ordre d’enregistrement avant la diffusion, ce service reposait sur le principe de l’exception de copie privée. La question de droit fut donc de définir qui est le copiste : celui qui ordonne l’enregistrement et jouit de son usage ou celui qui matériellement le réalise ? Contrairement à une décision de la cour d’appel de New-York du mois d’août, le tribunal de grande instance de Paris a choisi, le 25 novembre, de retenir l’acception purement matérielle. Dont acte. Le magnétoscope numérique en ligne s’est donc mis en pause.

Les très nombreuses et vives réactions à l’arrêt du service - plus de 82.000 pétitionnaires - nous éclairent sur la force de l’innovation lorsqu’elle correspond à un besoin réel. Le visionnage des contenus doit s’adapter à l’organisation de la vie réelle des téléspectateurs qui souhaitent pouvoir regarder les programmes quand ils le souhaitent, et sur tous leurs écrans. La technologie actuelle, en repensant le magnétoscope sous forme de service et non de matériel, le permet enfin. Autre enseignement, déjà confirmé outre-Atlantique : loin de nuire au mode de consommation traditionnel, l’enregistrement accroît la consommation légale de contenus, y compris VOD et "catch-up TV", et confère au téléspectateur la satisfaction de regarder un programme réellement choisi. Les chaînes commerciales doivent y voir une extension de leur audience classique et une déclinaison de la valeur de leurs espaces publicitaires sur les nouveaux écrans. Les chaînes publiques bénéficieraient d’une opportunité d’exposer bien mieux toute la richesse de leurs programmes.

Quel modèle économique retenir afin que ces services contribuent à la chaîne de valeur des contenus ? L'exception de copie privée, qui permet d’assurer le juste équilibre entre l’aspiration naturelle du public à accéder aux oeuvres et la préservation des droits des créateurs, est le cadre naturel. Son adaptation à l’enregistrement dématérialisé permettrait la création d’un barème de rémunération spécifique assurant la contrepartie légitimement due aux ayants droit. Ce dispositif aurait la force de la simplicité en s’inscrivant dans un cadre juridique et économique préexistant.

Alors que l’assemblée nationale examine le projet de loi création sur Internet, il est urgent de trouver le bon équilibre entre lutte contre le piratage et création de nouvelles offres légales. Mais de la part du politique et des acteurs économiques dominants cela exige curiosité et audace afin de repérer, d'accepter et d’organiser les usages innovants que les internautes plébiscitent. "

Pour les bibliothécaires, la version papier.